Maintenant tu seras sage petit frère...

By Chanek

Il fait froid, tout est gris, l'aube pâle traverse les volets délabrés, le vent dans les vieilles fenêtres murmure une étrange comptine.

Les longs rideaux de voile blanc flottent vers moi comme si les mains de cette maison voulaient me saisir.
Sortant du sommeil, assise sur le lit dans cette grande robe blanche, je me lève et me dirige vers la pièce voisine.

Quelques meubles recouvert de draps blancs dispersés sur un vieux parqué maculé de poussières.
Un léger halo de lumière me permet de distinguer ces fœtus accrochés au plafond comme des lampions.
Ma main s'avance d'un geste désarticulé pour caresser l'un d'entre eux qui se décroche et se transforme en poussière en tombant sur le meuble juste en dessous.
Je retire alors ce sordide linceul maculé de cendres fœtales, découvrant un piano à queue, rongé par le temps, pourri par les insectes.
J'ouvre le couvercle fendu de moitié pour y regarder les cordes biscornues comme des intestins, des milliers de vers grouillant entre elles dans un liquide sombre semblable à du pétrole.

Je m'arrête dans ma contemplation, stoppée par l'ouverture grinçante d'une porte.
Je m'avance vers elle et me voici en haut des escaliers.
Les grenouilles restent immobiles sur les vieilles marches de bois biscornus descendant vers les abimes de la maison.
Je frôle la peau humide et fraiche de quelques unes d'entre elles au passage.

Mes pieds nus arrivent sur le carrelage glacial de la cuisine, la pièce est lumineuse, couverte de toiles d'araignées et une lourde odeur de pourriture flotte.
Des meubles blancs recouvrent tous les murs.
J'ouvre par curiosité l'un des placards et y trouve un petits collier en cuir, parsemé de quelques poils de chat gris, une boite en métal toute rongée et une mèche de cheveux blonds à l'intérieur. 

Au centre de la pièce, sur une vieille table, git sur le flanc, un petit cheval de bois blanc.

Des mouches tentent de s'échapper en s'agglutinant aux carreaux quasi opaques de la fenêtre.
Je frotte l'un d'entre eux avec ma main, il est poisseux comme de la vomissure.

Dehors, des arbres morts couvert de neige et une veille balançoire de métal rouillée danse en grinçant comme sous le poids d'une entité invisible.

J'ouvre cette porte, à l'autre bout de la pièce et me retrouve dans ce jardin, devant cette marre d'eau croupie. Aucun remous dans l'eau, aucun signe de vie, ni même mon propre reflet.

Je plonge la main dans la vase pour en ressortir une pomme vermillon de l'eau visqueuse.
De l'autre côté du plan d'eau, les trous béant laissés par les yeux mort du chat m'observent.
Je vois dans la pomme, ce reflet qui n'est pas mien, une petite fille berçant un petit corps ensanglanté.

J'ouvre la bouche et mes dents se plantent dans la pomme comme dans du nougat.
Je la déguste les yeux fermés.
Un gout ferreux et amer en bouche, l'odeur de la mort dans les narines et l'objet rond et ferme se dérobe lentement entre mes doigts.
J'observe alors cette chose molle et livide qui git dans ma main.
Je recrache quelque chose de gluant, un globe pâle et humide tombe dans l'herbe.

Un rire m'arrête, celui de cette petite fille souriante sur la balançoire.
Elle me dit de laisser son frère, qu'il a été très méchant et que je ne dois pas jouer avec lui.

Je repose alors la tête du nourrisson et m'en vais pousser la fillette.


Inspiré par The Mars Volta - Tetragrammaton